La
Lion y la pitit' moche
La Lion y la pitit' moche est une fable de la Fontaine,
avec quelques mots changés par Roland Bacri,
en sabir (ne pas confondre avec le pataouète),
pour (back)rire d'une histoire de famille
Alger, 1827,
le Dey (le lion: la Lion),
le Consul (petite mouche: pitit' moche).
Moraliti
La vraie histoire cachée sous la fausse fable

La Bacriade ou la Guerre d'Alger, par Barthélémy
et Méry, Paris, A. Dupont et Cie, 1827.
Historique humoristique de l'affaire Bacri: envoi par le dey d'Alger d'une
ambassade en Egypte
et à Paris pour arrêter Bacri; difficultés du consul
auprès du dey; récit plaisant du coup d'éventail;
départ de Deval. Dénombrement des troupes de la Régence.
La Bacriade a été rééditée
dans le livre de Roland
Bacri : La légende des siestes, en 2000.
La fable de Roland Bacri fait référence à l'affaire du soufflet (coup d'éventail ou de chasse-mouches) du dey Hussein Ibn-Al Hussein (1765-1838) au consul de France Pierre Deval le 30 avril 1827, prétexte diplomatique du débarquement français en Algérie, qui eut lieu en 1830 à Sidi-Ferruch. Source: entre autres, Historia Magazine, numéro 199 : Une Terre et des Hommes, par Jacques Kohlman, et l'article de Roland Bacri: "Bacri-Busnach, Rois d'Alger" (pp 161-164). Photocopie: Daniel Busnach, Jérusalem.
En toile de fond: le blé livré par les Bacri à la Révolution française, une histoire "impayable" qui aboutit à l'affaire Bacri-Busnach, ou la singulière destinée d'une famille dans l'histoire dans le triangle Alger-Livourne-Paris.

Mais c'est en 1576 que les Juifs levantins obtinrent du Duc Francesco I de Médicis le droit de faire du commerce maritime à Livourne. En témoigne la lettre du même Duc au Roi Philippe II d'Espagne qui demande un sauf-conduit pour ces sujets étrangers, qui navigueront sous pavillon français, vénitien ou raguséen et qui pourront fournir des renseignements sur les agissements turcs (en réalité c'est un prétexte imaginé par Francesco I de Médicis pour obtenir l'accord de son puissant allié). Source:les archives grand ducales des Médicis (Archivio di State di Firenze, 1569-1743). "A Livorno non vi fu mai ghetto"**, écrit Gabriele Bedarida dans Gli Ebrei a Livorno, soulignant "il clima di tolleranza e relativa libertà" qui régnait alors à Livourne (Leghorn en anglais) "nuova terra promessa". Le cimetière hébraïque recueille quelques unes des pierres tombales des deux autres cimetières* que le régime fasciste a "expropriés"!
3. Paris
«Deux négociants algériens,
Bacri et Busnach, banquiers de la Régence [on appelait ainsi
Alger], avaient fait des fournitures considérables en approvisionnements
au gouvernement français, de 1793 à 1798, pour nos armées
en Italie et pour l'expédition d'Égypte.» Source:
Société de militaires et de gens de lettres, France militaire
: Histoire des armées françaises de terre et de mer, de 1792
à 1837, d'après les Bulletins des armées, le Moniteur,
les documents officiels, les notes, mémoires, rapports et ouvrages
militaires de l'Empereur Napoléon, etc., revu et publié par
A. Hugo, auteur de l'Histoire de Napoléon, à Paris, 1838, chez
Delloye, éditeur de la France pittoresque, tome cinq, pp 329-330.
Gallica.
Bien, mais alors, pourquoi le Dey d'Alger
est-il si irrité contre le consul de France plus de 30 ans après?
C'est que les paiements ont été suspendus par
la France, et le Dey d'Alger s'estimait lésé en partie (pour
les impôts qui lui revenaient). Le consul de France Pierre Deval, qui
prit ses fonctions en 1815, promit de régler rapidement cette histoire
alors vieille de 25 ans. Il y eut effectivement une commission composée
de deux conseillers d'État nommée par la France pour discuter
avec "Jacob-Coëns Bacri [sic!] et Michel Busnach, négociants algériens",
donnant lieu à une entente du 28 octobre 1819 signée à
Paris, qui ramenait la dette française de 14 millions qu'elle était
à sept millions. S'ensuivit une loi du 24 juillet 1820 prélevant
les fonds et en immobilisant une bonne partie du même coup pour parer
à d'autres créances...

La Régence réclamera «Busnach
et Nathan Bacri, accusés par le Dey de s'être partagé
les 7 millions, d'accord avec Deval». La réponse de la France
fut «que Busnach s'était retiré à Livourne
et que Nathan Bacri avait été naturalisé français».
Lorsque, en avril 1827, le consul Deval répondra au Dey qu'il n'y avait
pas de développement dans cette affaire, le Dey Hussein donna libre
cours à son caractère emporté et frappa le consul de
France à plusieurs reprises de son éventail ****.
Le refus du Dey de s'excuser et les complications dipomatiques qui suivirent
entraînèrent, le 13 juin 1830, à huit heures du matin,
la flotte française à se présenter en rade de la presqu'île
de Sidi Ferruch portant trois divisions d'infanterie. L'armée française
entrera à Alger le
5 juillet. On trouvera plus tard dans le trésor du Dey plus de
48 millions; Hussein perdit tout hormis de trois à neuf millions,
ses trois femmes et cent serviteurs des deux sexes qui le suivirent en
exil à Naples après la conquête française d'Alger.
Source (sauf le commentaire): Société de militaires et de gens
de lettres, France militaire :Histoire des armées françaises
de terre et de mer, de 1792 à 1837, d'après les Bulletins
des armées, le Moniteur, les documents officiels, les notes, mémoires,
rapports et ouvrages militaires de l'Empereur Napoléon, etc., revu
et publié par A. Hugo, auteur de l'Histoire de Napoléon, à
Paris, 1838, chez Delloye, éditeur de la France pittoresque,
tome cinq, p. 341. Gallica.
Note **** : le Dey Hussein donna libre cours à son caractère emporté et frappa le consul de France à plusieurs reprises de son éventail : selon des sources locales, il ne fit que le toucher du bout de son éventail pour lui indiquer la sortie. Or, la monarchie légitimiste se portait, en un certain sens aristocratique, garante de l'honneur national : on ne touche pas à un consul de France, fut-ce du bout de son éventail pour lui montrer la porte. On comprend la vanité des efforts déployés par une certaine historiographie pour atténuer le geste méprisant du Dey. Choc des cultures : d'une part, la France n'entend pas que son consul, bien que non musulman, puisse être traité comme un dhimmi ; d'autre part, que les armes puissent faire légitimement valoir le bon droit (contrairement à l'infinie négociation), voilà bien une conviction de la noblesse restaurée. Il n'y a jamais une cause unique à une guerre, mais celle-ci n'est pas la moindre.
Ce contentieux s'inscrivit comme l'une des causes de la conquête de l'Algérie. Il faut dire que la France avait depuis 1561 un comptoir commercial en Algérie et veillait à ses intérêts par tous les moyens. Napoléon Ier, toujours prévoyant, avait même fait dresser une carte de l'Algérie et repéré le meilleur lieu de débarquement : Sidi-Ferruch. C'est Charles X, Roi très-chrétien de France et de Navarre, selon la formule traditionnelle qu'il avait restaurée, qui, contre vents et marées (contre les Anglais et contre Talleyrand), ordonna le débarquement, le 14 juin 1830. Source: entre autres, "La Colonisation en Algérie: création, développement, relations et chute", in La Colonie du Cap et l'Algérie, mémoire par Ada Sanchis, Université Nice Sophia Antipoli; reproduit dans Pieds Noirs : nos ancêtres d'Algérie, 1830-1962, par G. Brisson et R. Vella.
Mokadem ou «roi des juifs»
David Cohen-Bacri, fils de Joseph, parvint à se faire nommer Mokaddem de la communauté (chef de la nation) et fit rayer la rançon des livres de la Régence, mais il fut décapité en 1811. Son père Joseph lui succéda, mais dut se retirer à Livourne à cause de conflits intra-communautaires. Jacob Cohen-Bacri, frère de Joseph, était représentant de la maison à Marseille ["Michel Busnach et, surtout, Jacob Cohen-Bacri gardent le contact avec la Barbarie", source marseillaise] et à Paris. Il rentra à Alger ou il fut Mokadem de 1816 à 1831, sous quatre deys successifs. Parmi ses fonctions, en 1826, celle de Consul général de Toscane.
Les relations avec l'Algérie (turque,
à l'époque) restèrent houleuses. Une flotte française
dut croiser en 1827 devant Livourne pour protéger le Duché de
Toscane que l'Algérie sommait de livrer les Bacri et les Busnach. En
Algérie même, Jacob Bacri reçut chez lui, à Alger,
le général de Bourmont, commandant l'armée française
d'occupation. La famille Bacri, (abrégé de
Cohen Bacri ou Coen-Bacri, [parfois déformé en Coens
Bacri ou même en Cour-Bairé!] aujourd'hui Cohen-Bacrie)
est française par naturalisation, depuis 1816 (David
Cohen-Bacri, à Alger), 1827 (Nathan Bacri), 1852 (Rosa
Bacrie, à Constantine) et par loi depuis 1870 (Décret
Crémieux). C'est entre 1956 et 1962 que la famille quitta l'Algérie
pour la France. L'auteur de cette page possède la double nationalité:
française et canadienne.
"L'affaire de Bône
pillée au cours d'une insurrection kabyle, les captures de navires
et le défaut de paiements des créances Bacri, dont le dey d'Alger
se plaint, tels sont, au début de 1827, les litiges entre le dey et
la France. Pour couronner le tout, le dey a pris le consul Pierre Deval en
aversion. Il l'accuse d'être aux gages de Bacri et la cour de France
soupçonne Hussein de réclamer son rappel pour toucher le présent
d'usage que lui doit tout nouveau consul. Le 30 avril 1827, la discussion
s'envenime. Le dey, suivant l'étiquette orientale, se lève et
ordonne au consul de sortir. Deval ne bouge pas, le dey le frappe du manche
de son éventail. Deval rend compte de l'incident." Le Coup d'éventail,
in La
Colonie du Cap et l'Algérie, mémoire par Ada Sanchis,
Université Nice Sophia Antipoli.
Le fait est attesté de manière originale
par les Mémoires d'un esclave (George Simon Frederik Pfeiffer) au
chapitre 22: "He [Dey Hussein] impetuously insisted
on the immediate payment of two millions five hundred thousand franks, which
were arrearages from the first years of the French republic, when both the
Jewish mercantile houses, Bacri and Bosnack, in Algiers, furnished grain for
the French government. [...] Mr. Deval replied, the demands were by all means
just, and were acknowledged as such by his government; but..."
"«Le contentieux de la dette Bacri, négociant algérois qui avait vendu du blé au Directoire, et à laquelle le dey Husayn ibn al-Husayn (1765 - 1838) était intéressé, conduit à l'expédition d'Alger (Al Djazair) (1830) et à la conquête de l'Algérie (1830 -1857).» Source : Jean Billard, Abrégé d'histoire des routes : 8 - Au dix-neuvième siècle, Laboratoire central des Ponts et Chaussées.
"La maison Bacrie et Busnach avait importé des blés d'Afrique en France, en prêtant leur concours à la Compagnie d'Afrique et à Vallière. La dette de la République, déjà considérable en 1795, s'accrut sous la Convention Nationale, et le Directoire, lui aussi, eut recours aux mêmes. Aucun de ces gouvernements n'ayant pensé à régler les comptes, les Bacri [...] avaient fini par réclamer l'appui du Dey pour récupérer leurs avances." Maurice Eisenbeth, Grand Rabbin d'Alger.
" De simples créances privées
devenaient affaire d'État". Gabriel Esquer, La prise d'Alger,
1830, Paris.
«De 1791 à 1796, deux juifs algériens,
Bacri et Busnach, avaient fourni au gouvernement de la République des
blés pour une valeur de plus de deux millions. Ils s'étaient
même chargés, en 1798, d'approvisionner, dans l'île de
Malte, les magasins affectés à la subsistance de l'Armée
d'Égypte.» rapporte Camille Rousset, de l'Académie
française, dans son livre La Conquête d'Alger, paru
en 1880 chez Plon.
Faisant suite aux «inextricables complications» liées à
la déclaration de guerre de la Sublime Porte à la République
française, dont on profita pour ne pas payer les Bacri, finalement,
une somme de 7 millions [moitié de la somme réclamée
de 14 millions] fut convenue en règlement [Acte du 28 octobre 1819,
ratifié par la Loi des finances du 24 juillet 1820], dont un montant
de 2 500 000 fut mis en réserve à la caisse des dépôts
et consignations pour faire face aux créances éventuelles de
français envers les Bacri. «Ce n'était
pas l'affaire du Dey Hussein, qui, de gré ou par menace, s'était
associé d'abord, puis tout à fait substitué au droit
des Bacri». op.cit. p. 23.
«Envoyez-nous toutes ces différentes sommes [incluant
l'intérêt] par vos propres mains», écrivit
le Dey Hussein écrivit le 14 septembre 1824 au baron de Damas, successeur
de Chateaubriand au ministère des Affaires étrangères.
On connait la suite avec le coup d'éventail porté au Consul
Deval en 1827 et la conquête de 1830, après laquelle : «les
Juifs très nombreux dans Alger, durent garder, suivant leur coutume,
leur organisation particulère, sous un chef qui fut l'un des fils du
vieux Bacri [Jacob]». op. cit. p. 241. Jacob Bacri (ou Cohen-Bacri)
continua en effet de jouer un rôle, car il avait des correspondants
qui l'informaient aussi bien en Algérie qu'en France, et il annonça
par exemple [non sans plaisir, on le croit bien] au maréchal de Bourmont
le transfert du pouvoir aux Orléans et le rétablissement de
la cocarde tricolore.
Bonaparte et la maison Bacri
Plusieurs personnes offrent au gouvernement de se charger de cette entreprise, mais je préfère la Maison Barkry, si elle peut s'en charger. Ils achèteront le vin et tous les autres objets, en France, comme ils le voudront. Ils les chargeront à Marseille sur les bâtiments tunisiens. On conviendrait du prix qui leur serait paye pour chacun des objets ci-dessus mentionnes, des qu'ils seraient arrives à Alexandrie. Au départ de chaque bâtiment de Marseille, il sera paye le tiers de la valeur du chargement. Ils achèteront à Alexandrie le riz, le café au prix qu'ils pourront et le revendront de même à Marseille. Ils seront toutefois obliges d'opérer leur retour en France.
Tous les risques, accidents, etc., seront à leur compte. S'ils se chargent de cette expédition vous leur demanderez s'ils ont des bâtiments de leur Nation à Marseille et combien de temps il leur faudra pour en faire venir.» Napoléon Bonaparte, Premier Consul, Paris, le 22 et le 23 décembre 1800 (an VIII de la République), au citoyen Talleyrand, Ministre des Relations extérieures. Source : Correspondance (Histoire de l'Empire).
Chargés de mission de la République française
Jean-Baptiste-Michel Guyot de Kercy, Consul général et Délégué
du Gouvernement français à Livourne (Grand Duché de
Toscane) du 14 ventôse an V au 29 germinal an X, avait été
auparavant Consul général de France à Alger. Bonaparte
réclama ses mémoires à Talleyrand le 8 décembre
1802, l'Algérie étant alors un État vassal de la Porte
dont le Directoire voulait préserver l'alliance. Autant d'illustrations
du triangle Paris-Alger-Livourne où évoluaient les Cohen-Bacri
(Bakry sous la plume du secrétaire de Bonaparte), triangle commercial,
certes, mais aussi politique.
On sait que Jacob Coen Bacri a été Consul
général de Toscane à Alger, mais si, officiellement,
aucun Bacri n'a été Consul général de la République
française à Alger, c'est bien à eux que Bonaparte avait
recours pour les missions d'État délicates. C'est ainsi que
le Premier Consul, dans sa note à Talleyrand du 7 juillet 1802, estima
nécessaire de doubler la mission conférée à
Charles-François Dubois-Thainville (Consul général
à Alger de mai 1800 à juin 1809) par une même mission
confiée aux Bacri, ainsi discrètement chargés
de mission diplomatique. Il faut bien dire ici que ces missions eurent
du succès et que la paix fut préservée tant avec la
Régence (pour 28 ans) qu'avec la Porte.
_____________________.___________
Chargés de mission des États
Unis d'Amérique sous George Washington.
Frégate américaine de trente-six canons prise
par des pirates barbaresques devant Tripoli
La paix négociée : «In September,
1795, a treaty
of peace with Algiers was finally concluded, after negotiations had
been facilitated by a contingent fee of $18,000 paid to "Bacri
the Jew, who has as much art in this sort of management as any man we ever
knew," the American agents reported. It was a keen bargain,
as Bacri had to propitiate court officials at his own risk, and had to look
for both reimbursement and personal profit, too, out of the lump sum he
was to receive in event of his success.»
Source : Henry Jones Ford, Washington and His Colleagues
: a Chronicle of the rise and fall of Federalism, New Haven, Yale University
Press, 1918. Project
Guttenberg e-book.
George Washington s'en félicita dans son 7e discours sur l'état
de l'Union en décembre 1795 et ratifia le traité avec l'accord
du Sénat en mars 1796. Le Dey d'Alger ne voulait pas la paix, car
il était poussé à attaquer le commerce maritime américain
par les Anglais (pleins de ressentiment contre leurs anciennes colonies
ou désireux que les USA renoncent à commercer avec la République
française) et par ses corsaires eux-mêmes qui, désoeuvrés,
auraient bien pu l'assassiner. On comprend les risques encourus par ce Bacri
et le défi qu'il contribua à surmonter.
On trouve référence à : «Bacri, Micaiah Coer,
10:633» et «Bacri, Salamon Coer, 10:633» [pour Michel
Cohen Bacri et Salomon Cohen Bacri] dans les papiers de George Washington,
entre septembre 1788 et janvier 1793.
Source : The Papers of George Washington, Indexes,
Presidential Series, Volumes 1-1.
![]()
Opposé au retour de l'Île d'Elbe, le prince de Bénévent,
fait prince par celui contre lequel il se retourna,
dans l'Adresse aux armées du 2 avril 1814,
Talleyrand, co-signataire, a osé parler
de Napoléon en ces
termes.
«Pendant son premier ministère,
Talleyrand était entré en relation avec les deux beaux-frères
Joseph Coen-Bacri et Busnach, chefs de la communauté israëlite
d'Alger, les plus puissants marchants de grains de la Régence. Il
avait signé, le 21 Juin 1798, deux ordres de payer à Joseph
Coen-Bacri la somme de 250 000 Piastres, qui avait été prétée
par le Dey d'Alger à la République Française. Mais
les deux beaux-frères avaient de la peine à toucher l'argent
des fournitures faites par eux à la France, car leurs créances
paraissaient fortement majorées. Talleyrand pris l'affaire sous sa
protection; le 24 août 1800, il écrivit à son collègue
le ministre des finances Gaudin: "L'état de nos rapports actuels
avec la Régence exige qu'on montre aux Juifs la meilleure bonne volonté
possible." Sur la somme demandée de 7 942 992 Francs, Bacri et
Busnach touchèrent un accompte de 3 175 631 Francs. Aussi Joseph
Bacri était-il en droit d'écrire : "Si le Bossu [Talleyrand]
n'était pas dans ma main, je ne compterais sur rien." N'est-il
pas curieux de rencontrer en 1800 le nom de Talleyrand mêlé
d'une manière suspecte, ou plutôt d'une manière non
équivoque, à cette affaire des créances Bacri et Busnach
qui devait amener, 30 ans plus tard l'expédition d'Alger?»
Georges Lacour-Gayet, TALLEYRAND, Tome 2, Éditions Payot.
Cette citation est une contribution de Jean-Louis Cohen-Bacrie.
Talleyrand s'opposera à l'expédition d'Alger de 1830 ; les
Bacri ne devant pas lui être beaucoup plus favorables, sauf la liberté,
l'égalité et la fin des brimades réservées aux
Dhimmis.
Bonaparte, en Égypte, appose sa signature
au monastère Ste-Catherine du Sinaï en 1799.
Salomon Cohen Bacri, "un juif d'origine
algéroise", à la même époque (cf. note 38),
collaborait avec Bonaparte à Livourne, selon l'historien Jean-Pierre
Filippini :

Sauf de bien rares exceptions, tous ceux qu' il avait comblés furent
ingrats.
Tous ceux qui ne songèrent jamais à rien lui
demander
lui tinrent compte de la grandeur de la France.
George Sand, Histoire de ma vie.
LA LIBERTÉ EN ITALIE
Bibliographie:
Sur la gloire de Bonaparte à cette époque en Italie,
voir la Chartreuse de Parme de Stendhal.
«Tu céderas, ou tu tomberas sous ce vainqueur, Alger, riche des dépouilles de la chrétienté. Tu disais dans ton coeur avare: Je tiens la mer sous mes lois, et les nations sont ma proie. La légèreté de tes vaisseaux te donnait de la confiance; mais tu te verras attaqué dans tes murailles, comme un oiseau ravissant qu'on irait chercher parmi ses rochers et dans son nid.»
| |
|
||
Généalogie
partielle : Grands ancêtres : Samuel Cohen-Bacri et son fils David Cohen-Bacri, né à Livourne et décédé à Bejaiah (Bougie) au 16e siècle. |
Ce que Roland Bacri appelle : |
Dans le constantinois : |
|
Michel
Cohen-Bacri (1715-1792) commerçant et banquier, mourut
au Caire à 77 ans après s'être établi à
Livourne puis à Alger en 1770. Était-il mon arrière-arrière-arrière-arrière
grand-père? C'est possible, mais encore à vérifier.
|
Présentation à Bonaparte. Paris, 26 janvier 1801 : «Bakry et Busnach, négociants algériens, demandent le payement de ce qui leur est dû, suivant la promesse qui leur en a été faite.» Décision du Premier Consul : «Renvoyé au ministre des relations extérieures [Talleyrand] pour me présenter ce juif dans mon appartement». Source : Correspondance (Histoire de l'Empire). | Fils de David
Cohen-Bacri (né vers 1791, naturalisé français
en 1816 à Alger, lui-même fils d'Abraham
et petit-fils de Michel) : Abraham Cohen-Bacri (1820-1860), épouse à Alger en 1848 Bellara Smadja, meurt à 40 ans. Eut au moins trois enfants, dont : David. |
|
Enfants de Michel : |
Michel Bacri : Pétition des héritiers Bacri
[auprès du Sénat français afin d'obtenir la restitution
des 319 000 piastres versées au dey d'Alger par le gouvernement
espagnol le 15 janvier 1827, au titre de dettes envers les frères
Bacri, banquiers [Texte imprimé] / Signé : Michel Bacri,
pour les héritiers Bacri. - Suivi de :] Commission d'Afrique. Réclamations relatives aux dettes de l'ancienne Régence d'Alger. [Signé : duc Decazes, président de la Commission d'Afrique ; baron Mounier, rapporteur. Paris, 27 mai 1834.], Paris, impr. J. Claye, 1856, 24 p., BNF. |
David Cohen-Bacri (1852 Blida - 1935 Paris), marié le 5 mars 1879 à Constantine avec Julie Zarmati (sa cousine, fille de Ziza Cohen-Bacri, elle-même fille de Nathan, fils de Jacob, fils de Michel). Ils eurent 8 enfants, dont 6 survécurent : Bellara-Louise, Aziza-Caroline, Nina-Hélène, Alfred-Abraham, Henri-Vidal et Georges-Gustave. | |
| Autre fils de Michel : Jacob Cohen-Bacri (1763-1836) Le correspondant de la maison à Marseille (frère de Joseph). Fut probablement reçu par Bonaparte. Revint à Alger dans les années précédant 1830. |
Lettre du sieur Bacri au ministre des Finances pour demander la restitution par le Gouvernement français de 319,000 piastres versées au Trésor du Dey d'Alger, Marseille, impr. de Senès, 1858, in-fol. 4 p., BNF. | Élie Cohen-Bacrie (1847-1943), mon grand-père, habitait Constantine où il a épousé Rachel Costa (de Livourne). Il avait un frère qui s'appelait David (mais ce n'est pas le même que ci-dessus). Il s'agirait alors d'une autre branche de la famille. À découvrir. | |
| Enfants de Jacob, dont : Nathan Cohen-Bacri Jonas Bacri ou Cohen-Bacri (1791-1869) Jopeph Cohen-Bacri |
Busnah, Michel, A Monsieur Labbey de Pompières, député de l'Aisne, Paris, 4 juillet 1828. Au sujet des fournitures faites à l'État par la maison Bacri et Busnach, 2 p., BNF. | Enfants d'Élie : |
|
| Samuel Bacri ou Cohen-Bacri
(1845-1907) Fils de Jonas. Ziza Cohen-Bacri (fille de Nathan), née en 1824, épouse Saül Zarmati à Alger en 1841. |
Parmi les cousins : Roland Roro Bacri (le petit poète du Canard Enchaîné, fils de Charles Charlot Bacri, fils d'Isaac, fils de Samuel, fils de Jonas, fils de Jacob, fils de Michel Cohen-Bacri). | Enfants de Lucien Joseph : |
|
| Isaac Cohen-Bacri ou Bacri (fils de Samuel) | Myriam Sabbah, auteure de l'arbre généalogique, fille de Julie Lucienne Zarmati. Julie Lucienne est la fille de Saül Paul Zarmati et de Nina Hélène Cohen-Bacri. | Cousins germains : de Gustave : René Cohen-Bacrie, Suzy Zerbib et Andrée Aymé ; de Gabriel : Nicole Farau, Robert Bacrie ; de Raoul : Paul Cohen-Bacrie, Michèle ; d'Henri : Jean-Louis Cohen-Bacrie, |
** : Ferdinand Ier de Médicis (1587-1609) eut le mérite de continuer, par sa Livornina en 1593, l'oeuvre d'ouverture et de tolérance de Cosme Ier de Médicis (1537-1574) : "Ferdinand I’s charter offered the Jews religious freedom, amnesty from previous crimes, full Tuscan citizenship and special courts with civil and criminal jurisdictions. Safe passage of goods and persons was guaranteed to all Jews who moved to Livorno. Jews could own houses, inherit property, carry arms at any hour, open shops in all parts of the city, have Christian servants and nursemaids, study at the university, work as doctors and did not have to wear the Jewish badge. Finally, unlike many other cities in Tuscany, Jews did not have to live in a ghetto." Rebecca Weiner (autre site).
*** : "Certains [Livournais] étaient arrivés à gagner la confiance du souverain et jouaient un rôle politique réel, tels ces Bakri et autres Bouchnaq de l'entourage de Hussein Dey". Source : la population d'Alger au 19e siècle.
La Patrie
d'élection :
celle de la liberté, de l'égalité et des droits humains

Tranchée - Mars 1915 - Les Éparges.
Morts pour la France :
Émile Cohen-Bacrie (mon oncle), à 24 ans, engagé volontaire
pendant la première guerre mondiale [né le 10/10/1891 Constantine,
soldat au 58ième Rgt d'infanterie, +17/10/1915 Souain, 51600]. Source
: Monument
aux morts de Constantine. En août 1914, le 58e RI (dirigé
par le colonel Jacquin), basé à Avignon, appartenait à
la 59e brigade, 30e division, 15e corps, 2e armée (dirigée en
1914 par le général de Castelnau).
![]()
Après
un baptème du feu qui le décima (102 morts, 280 blessés
et 587 disparus) dès août 1914, dans un engagement «inutile»
au village de Lagarde ordonné par le général Lescot, le
58e RI plia et put se replier ; le commandant Cornillat, chef de bataillon,
et le sergent Piquet, tous deux du 58e RI, étant proposés à
la légion d'honneur. Le commandant Cornillat faisait partie des tués,
pas moins de 35 officiers du 58e RI étant tués, ou «disparus».
Le pantalon rouge, très visible, et la capote bleu foncé,
du côté français ; le camouflage gris-vert, du côté
prussien. L'uniforme français fut finalement changé en 1915 pour
une couleur gris-bleu.
Puis, engagées à l'Est, en Lorraine, dans la trouée
de Charmes, la 1e et la 2e armées furent citées à l'ordre
du jour des armées pour leur «tenacité et courage»
par le général en chef (27 septembre 1914). Le 15e corps d'armée
fut ensuite prélevé pour rejoindre la 3e armée. Un aperçu
d'une attaque
dans la guerre de tranchées le 21 février 1915.
En août 1915, la 30e division fit partie
du 38e corps de la 5e armée, le 24 septembre elle fit partie de nouveau
du 15e corps toujours à la 5e armée, puis rattaché le 2
octobre à la 4e armée. On retrouve la 30e division le 8 octobre
1915 dans le 6e corps de la 4e armée qui remonte en première ligne
pour participer à l'offensive de Champagne (deuxième bataille
de Champagne, septembre-octobre 1915). Sources : Historique
du 58e Régiment d'infanterie et les carnets
de guerre d'un soldat du 58e RI.

Village de Souain (détruit, reconstruit, puis devenu
Souain-Perthes-les-Hurlus) avant les bombardements, en 1914;
barricade sur la route de Sommepy
; autres noms locaux : Somme Suippe, Somme Tourbe, Main de Massiges,
Tahure ;
pertes de l'offensive de Champagne de 1915 : plus de 140 000 français
et autant d'allemands ;
le 336e RI ne bougea pas lors d'un ordre d'attaque : peloton
d'exécution pour 4 caporaux ;
des mines creusaient des entonnoirs de 40 m de diamètre sur
20 m de profondeur ;
Souain vient de Somme Ain (source de l'Ain) et est situé à 40
km de Reims.
Guillaume Appolinaire fit partie de cette offensive et écrivit ces lignes
: «Depuis dix jours au fond d'un couloir trop étroit, Dans les
éboulements et la boue et le froid, Parmi la chair qui souffre et dans
la pourriture [...] Cette nuit est si belle où la balle roucoule, Tout
un fleuve d'obus sur nos têtes s'écoule, Parfois une fusée
illumine la nuit [...] La Terre se lamente...», Le poète, novembre-décembre
1915.
Émile Cohen-Bacrie a été «tué
à l'ennemi» le 17 octobre 1915, dans la région de Souain
51600 Marne. Il fait partie de 1,3 million de militaires français
décédés pendant la Grande Guerre à qui il a été
attribué la mention : «Morts pour la France». Devant ces
morts pour la Patrie, morts pour notre liberté, comment ne ressentirions-nous
pas ce qu'un poète a appelé «la pudeur d'être vivants»?
Samuel Sauveur Bacri, né le 18 décembre 1888 à Blida, incorporé
au 1er régiment de zouaves de marche a été tué à
l'ennemi le 27 octobre 1914 à Saint-Laurent dans le Pas-de-Calais. Source
: Mémoire
des hommes, intiative du Ministère de la Défense, République
française. Merci à Gérard Toubiana, petit-neveu
de Sauveur Bacri, pour la copie numérisée du document avec la
mention «Mort pour la France».
Morts en déportation :
André Cohen-Bacrie ou Cohen-Bacri,
né le 1er décembre 1904 à Constantine, médecin (Arzt),
domicilié aux Pervenches, St-Louis, Marseille, s'est trouvé à
40 ans dans un convoi,
parti de Drancy, qui se dirigea vers les Pays Baltes (Kaunas et Reval, en Lithuanie
et Estonie). Il ne revint pas. Source : Convoi
73, du 15 mai 1944 ; Mémorial
de la Shoah. Il y eut un appel effectué en vain auprès
de la Croix Rouge Internationale (microfilm 11-1006, période du 26-08-1942
au 13-11-1947), sous le numéro de dossier 226.17 des Cas particuliers
de toutes nationalités au nom de Cohen Bacrie André, période
visée : du 18-12-1946 au 18-12-1946. Source : CICR.
Huit Bacri et huit Bacry ont été déportés
par Drancy, dont le père et le fils Abraham
et William Bacri d'Alger, domicilés 7 rue Molière à
Marseille. (source : Mémorial
de la Shoah), dont Bacry, André,
né en 1936 à Paris, déporté dans le transport 77
parti de Drancy vers Auschwitz le 31 juillet 1944 (source : Yad
Vashem) ; André, 8 ans, faisait partie, avec Claude
Bacri, 13 ans, des jeunes élèves de l'école
Lucien de Hirsh arrêtés un mois avant la libération
de Paris, déportés et exterminés à Auschwitz-Birkenau.
Georges Gustave Cohen Bacri a été
déporté à Drancy le 17 juillet 1944 (source : Mémorial
de la Shoah) et de Drancy le 31 juillet 1944, à l'âge
de 47 ans (source : généalogie).
Il y eut aussi Chaloum Cohen Bacri (de Cherchel), qui fut déporté
par Drancy vers Auschwitz par le convoi 68 du 10 février 1944, portant
le compte du macabre prélèvement de la Shoah à dix-neuf.
Voici des correctifs apportés par l'Administration française,
faisant la distinction entre la déportation de Drancy (France) et la
mort à Auschwitz (Pologne) :
Bacri (Lise, Joséphine), née le 15 février 1926
à Paris (17e) (Seine), décédée le 15 février
1944 à Auschwitz (Pologne) et non le 10 février 1944 à
Drancy (Seine).
Bacri (Nicole), née le 22 avril 1930 à Paris (17e) (Seine),
décédée le 15 février 1944 à Auschwitz (Pologne)
et non le 10 février 1944 à Drancy (Seine).
Bacry (Amram), né le 20 septembre 1891 à Alger (Algérie),
décédé le 5 juillet 1944 à Auschwitz (Pologne) et
non le 30 juin 1944 à Drancy (Seine).
Bacry (André, Roland), né le 21 septembre 1936 à Paris
(18e) (Seine), décédé le 5 août 1944 à Auschwitz
(Pologne) et non le 31 juillet 1944 à Drancy (Seine).
Bacry (Berthe), née le 5 septembre 1900 à Alger (Algérie),
décédée le 25 septembre 1942 à Auschwitz (Pologne)
et non le 20 septembre 1942 à Drancy (Seine).
Bacry (Claude), né le 14 juin 1931 à Paris (18e) (Seine), décédé
le 5 août 1944 à Auschwitz (Pologne) et non le 31 juillet 1944
à Drancy (Seine).
Bacry (Marie-Jeanne), née le 25 août 1932 à Paris (18e)
(Seine), décédée le 5 août 1944 à Auschwitz
(Pologne) et non le 31 juillet 1944 à Drancy (Seine).
Bacry (Sylvain, Ichoua), né le 19 février 1924 à Alger
(Algérie), décédé le 5 juillet 1944 à Auschwitz
(Pologne) et non le 30 juin 1944 à Drancy (Seine).
Source : Journal officiel du 12 mars 2005 : Arrêté
du 26 juin 2004 portant apposition de la mention «Mort en déportation»
sur les actes et jugements déclaratifs de décès.
Le régime de Vichy, dans le cadre de ses lois antisémites, avait annulé le Décret Crémieux de 1870 et ôté la citoyenneté française aux juifs en Algérie. «Dans le domaine de l'éducation, les membres juifs du corps enseignant sont exclus comme les autres fonctionnaires juifs. La mesure est effective en Algérie le 19 décembre 1940, 465 professeurs et instituteurs sont ainsi révoqués». Source : Histoire des Juifs d'Algérie, Éditions du Scribe.
Le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord de novembre 1942 fut providentiel, mais il laissa encore en place les autorités de Vichy, représentées par l'amiral Darlan, pendant plus de neuf mois. Ce n'est qu'en août 1943 que plusieurs membres de la famille Cohen-Bacrie réintégrèrent l'enseignement public en Algérie ainsi que la nationalité française, lors de l'abrogation de toutes les lois antisémites de Vichy par le général De Gaulle.
En juin 1962, une grande partie de la famille, toute celle qui n'y était pas déjà, fut rapatriée en France, qui malgré tout, représente, peut-être comme toute démocratie, la Patrie d'élection : celle de la liberté, de l'égalité et des droits humains.
_____________________.___________
PHILOSOPHIE, EDUCATION, CULTURE