Réponse : sa thèse ? La liberté de penser.
Nos idées sont très souvent fausses, pleines de préjugés et d’une ignorance imbue de sa propre importance (thème socratique); ceci est un obstacle sérieux au progrès des connaissances, des techniques et de la morale, car comment se conduire vers le mieux quand on est sujet aux superstitions (thème épicurien) et, en quelque sorte, dans l’obscurité, quand la raison ne voit pas clair (thème stoïcien)? Y a-t-il une solution ? Oui, l’exercice de la libre critique selon la méthode quasi-scientifique du doute : tout ce dont je peux douter ne mérite pas que je bâtisse dessus comme sur des fondations pas assez solides (thème différent de celui des sceptiques). Mais, je m’aperçois vite, quand j’exerce cette méthode, que, déjà, trouver des erreurs est un progrès (thème socratique et platonicien) et, petit à petit, je m’avance vers la voie de connaissances plus certaines, à condition de ne jamais oublier la méthode. Or, les passions représentent un sérieux obstacle à l’exercice de cette méthode, car le raisonnement affectif veut sauter aux conclusions, qui sont d’ailleurs prédéterminées.
L’être humain contrôlera-t-il ses passions ? En tout état de cause, tenter d’y voir clair ne nuit pas à ce projet et ce projet est nécessaire pour mettre fin aux préjugés et à la bêtise régnante. C’est toute la démarche, plus difficile qu’il n’y paraît (passant de l’affirmation de la raison à la morale selon la raison), proposée par Descartes qui mérite bien son épitaphe : «le premier, depuis la renaissance des belles lettres en Europe (certains de ses thème n'étaient pas, on l'a noté, ignorés des philosophes grecs anciens) à avoir revendiqué et assuré les droits de la raison humaine». Quand on parle de liberté de penser, c’est de cela qu’il s’agit (la lutte contre les préjugés, ceux des autres et les siens) et non de la liberté de dire n’importe quoi, bien sûr.
Ce thème sera celui de Spinoza (disciple de Descartes) qui ira plus loin sur cette voie, en y intégrant ouvertement religion et politique. Cartésianisme et spinozisme préparent, évidemment, les Lumières qui auront ainsi assuré le relais vers la Déclaration des droits et un nouveau régime politique sous les principes duquel nous vivons aujourd'hui. Telle est l'étrange destinée de la pensée grecque : vaincus, les Grecs sont vainqueurs - culturellement parlant, avec tout le syncrétisme des siècles.
Pierre Cohen-Bacrie, à partir d'une correspondance électronique.
Un charmant petit musée a été installé
dans la maison natale de Descartes. Le visiter, appareil photographique en main,
fut possible grâce au vieux monsieur qui agissait comme concierge et nous
permit d'entrer en dehors des heures prévues. L'expérience étrange
d'être ainsi invités chez Descartes demeure inoubliable.
Il faut dire que la luminosité de la Touraine, l'esprit
de précision des Descartois (esprit, donc, cartésien
des habitants de la ville de Descartes), donnent l'illusion d'apprécier
l'influence du lieu d'origine sur le développement de la pensée.
Une étape
à ne pas rater sur la route des Châteaux de la Loire
- près de Tours, donc, et de Chenonceaux.
"Il y a comme une émotion indéfinissable que nous éprouvons
aux lieux mêmes où subsistent les traces des êtres que
nous aimons et que nous admirons". Cicéron,
Traité des lois, livre deuxième, 4. [Movemur enim
nescio quo pacto locis ipsis, in quibus eorum quos diligimus aut admiramur
adsunt vestigia].
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MEMORIAE RENATI DESCARTES
_____________________.___________ Philosophie, éducation, culture Toutes les images ont été photographiées et numérisées, Page créée le 23 mai 1999 et modifiée le 4 décembre 2005 |